Très vénérable LP Chang Kantasaro

Dépositaire de la Wicha Kampong Cham

Le très vénérable Luang Phor Chang Kantasaro fut l'un des maîtres occultes les plus accomplis de la province de Nakhon Ratchasima, et l'un des rares dépositaires vivants de la tradition ésotérique khmère ancienne dite Wicha Kampong Cham. Fondateur du Samnak Song Nong Yai Mao, dans le district de Sung Noen, il mena toute sa vie monastique dans une discrétion absolue, sans attachement aux honneurs ni aux richesses, consacrant son existence à l'enseignement du Dhamma et au soin des personnes en souffrance.

Le très vénérable LP Chang Kantasaro du monastère Samnak Song Nong Yai Mao

Enfance et formation initiale

Né le lundi 9 mars 1932 au village de Cham Phak Phaeo, district de Kaeng Khoi, province de Saraburi en Thaïlande, dans une famille de paysans, le jeune Chang grandit aux côtés d'un père exceptionnel. Celui-ci était l'un des praticiens des sciences occultes les plus redoutés de sa génération, formé auprès de maîtres anciens, et réputé pour sa capacité à lever les maléfices, soigner les personnes victimes de sorts et de concevoir des Hoon Payon. Il pratiquait sans jamais demander d'honoraires, par pur mérite et souci d'aider autrui.

Dès son plus jeune âge, le jeune Chang accompagnait systématiquement son père lors de chaque intervention. Il absorbait par imprégnation directe l'ensemble des techniques, développant un attrait naturel profond pour les sciences occultes. À dix ans, son père commença à lui enseigner formellement la méditation et la discipline de l'esprit, préalable indispensable à toute transmission. Élève d'une vivacité et d'une détermination remarquables, il maîtrisait déjà la fabrication des Hoon Payon à l'âge de quinze ans, et pouvait à cet âge remplacer son père lors des séances de guérison. Il assimila également les sciences du charme et de l'attraction, les huiles et baumes de séduction, les sciences de la fortune et de l'attraction des richesses, ainsi que la fabrication des objets sacrés selon les formules anciennes, le tout avant même d'avoir pris la robe.

Ordination et pérégrinations

Les ressources familiales ne permettant pas d'organiser seuls une cérémonie d'ordination, il fut ordonné dans le cadre d'une ordination collective, pratique alors courante pour assurer la continuité du bouddhisme. Une fois moine, il entreprit de longues pérégrinations en forêt en quête de paix intérieure et d'approfondissement de son savoir. Partout où il rencontrait des personnes en souffrance, il les soignait sans contrepartie. Les mises à l'épreuve par des forces adverses lui devinrent si familières qu'il les considérait comme un aspect ordinaire de sa vie. Il avait coutume de dire avec le sourire : "Peu importe ce qu'ils envoient, cela leur revient à eux-mêmes. Si quelqu'un a de l'énergie à dépenser contre moi, qu'il la dépense."

À cette époque, obtenir la transmission d'un maître était une entreprise ardue. Les grands maîtres ne livraient leur savoir qu'au terme de nombreuses épreuves imposées aux prétendants disciples. Luang Phor Chang poursuivit ses pérégrinations vers le Laos, puis le Cambodge, en quête des transmissions les plus anciennes.

Le séjour laotien : la cascade de Li Phi et la transmission du Ruesi

Dans ses pérégrinations, le vénérable Luang Phor Chang gagna les rives du Mékong, côté laotien. Près de la cascade de Li Phi, également connue sous le nom de Tad Somphamit, dont le nom se traduit par 'piège à esprits', les flots tumultueux du Mékong étant réputés à capturer les esprits charriés par le fleuve, dans la région de Si Phan Don, au sud du Laos. Il rencontra un Ruesi qui puisait sa force et son inspiration magique en ce lieu même, et lui transmit diverses sciences locales.

L'une des cascades de Li Phi au Laos

La transmission khmère : Luang Phor Nong et la Wicha Kampong Cham

Au Cambodge, Luang Phor Chang rencontra le très vénérable Luang Phor Nong de Kampong Cham, puissant maître sorcier khmer reconnu comme expert suprême par les Thaïlandais et les Cambodgiens. De nombreux moines des deux pays venaient se placer sous sa tutelle pour étudier les sciences occultes. Parmi ses disciples les plus renommés figure Luang Phor Hen du Wat Don Thong, à Saraburi, moine d'origine khmère ordonné en 1931 au Wat Phannarai à Kampong Thom, sous le nom monastique de Siriwangso.

Luang Phor Nong, que l'on honorait du titre de Rattanyu pour sa connaissance profonde des Trois Joyaux, maîtrisait une Wicha de longévité exceptionnelle (Wicha Chiwit Yuen), à laquelle on attribuait sa vie jusqu'à 117 ans. Entre les deux hommes, l'affinité fut immédiate. Luang Phor Nong l'accueillit comme son propre fils, admirant sa détermination, et lui transmit l'intégralité des textes anciens de la tradition Kampong Cham, un art magique khmer ancestral dont Luang Phor Chang devint l'unique dépositaire.

Le très vénérable Luang Phor Hen du Wat Don Thong de la province Saraburi

Il reçut également de nombreuses autres sciences du charme, de la fortune et de la protection, toutes d'une efficacité redoutable. Luang Phor Chang les assimila au point de les maîtriser parfaitement : tout ce qu'il consacrait devenait puissant, tout ce qu'il soufflait était chargé de force. On disait qu'une seule insufflation de sa part équivalait à un mois entier de consécration ordinaire.

Luang Phor Chang demeura auprès de Luang Phor Nong jusqu'à la mort paisible de ce dernier, après qu'il eut transmis ses ultimes enseignements à ses disciples. Il poursuivit ensuite son errance ascétique vers Phou Khao Khouay, au Laos, réputé comme centre des sciences occultes laotiennes, où il approfondit encore son savoir.

Le très vénérable LP Chang Kantasaro

Fondation du Samnak Song Nong Yai Mao

De retour en Thaïlande, le vénérable LP Chang séjourna dans plusieurs temples de la région de Korat avant que les habitants d'un village voisin ne le supplient de s'établir sur un terrain particulier : un ancien cimetière réputé hanté, où aucun moine n'avait pu demeurer. Il accepta, et transforma ce lieu, qui n'était alors qu'une simple cabane isolée, en ce qui devint le monastère Samnak Song Nong Yai Mao situé dans la province de Nakhon Ratchasima. Il y enseigna inlassablement le Dhamma aux habitants, les guidant dans leur vie quotidienne et les encourageant à cultiver le bien, devenant ainsi une figure profondément vénérée dans toute la région.

Très vénérable LP Chang

Un maître d'une extrême discrétion

Le très vénérable Luang Phor Chang vécut dans la plus grande simplicité, sans jamais s'accrocher aux honneurs, aux titres ou aux richesses. Il accomplissait ses offices monastiques avec une ponctualité absolue. Connu pour son amour profond des animaux, il était constamment entouré de chiens qui ne le quittaient pas, jusque dans son intimité quotidienne au temple. Quiconque venait le saluer ressentait immédiatement sa bienveillance et la pureté d'un esprit libéré de tout attachement. Jusqu'à ses derniers jours, des fidèles affluaient en continu pour lui rendre hommage, y compris des étrangers venus de loin. Cette discrétion foncière, jointe à une puissance occulte hors du commun, constitue la marque distinctive de Luang Phor Chang parmi les maîtres de sa génération.

Le très vénérable LP Chang Kantasaro du monastère Samnak Song Nong Yai Mao

Objets sacrés et quels enseignements sources !

Ses Hoon Payon, conçus selon la formule intégrale de la lignée Kampong Cham, ses Phra Khun Paen et ses bagues de pouvoir à son effigie comptent parmi les objets sacrés les plus prisés des collectionneurs et des dévots, reconnus pour leurs prouesses en matière de protection, de fortune et d'attraction. Leur renommée dépassa largement les frontières de la région, attirant des fidèles étrangers qui faisaient spécialement le déplacement jusqu'au Samnak Song Nong Yai Mao pour les acquérir.

Décès et crémation

Le très vénérable Luang Phor Chang Kantasaro s'éteignit le 20 août 2016 dans l'après-midi à l'hôpital Maharat de Nakhon Ratchasima, à l'âge de 84 ans. Sa cérémonie de crémation fut célébrée le 23 août 2016 à 15h00 au Wat Nong Phayom, district de Sung Noen. Il demeure vivant dans le cœur de ses disciples et de tous ceux qu'il a aidés.