Très vénérable LP Mian

L'héritier des maîtres d'Angkor

Luang Phor Mian Kalayano naît en 1936 au village de Ban Kumkan, ville de Svay Rieng, au Cambodge. Son père se prénomme Umkhan, sa mère Preng. Dès l'enfance, il manifeste un attrait prononcé pour les sciences ésotériques. C'est son grand-père paternel, laïc accompli dans les arts sacrés, qui lui transmet les premiers fondements de la Wicha Hoon Payon, l'art de la création des automates animés. Il se forme également auprès de l'Ajarn Saway, laïc réputé pour sa maîtrise des arts occultes à Svay Rieng, et de l'Ajarn Yantak.
Son prénom, Mian, signifie en khmer « posséder », présage que ses disciples aiment à interpréter comme une promesse de prospérité et d'abondance.

Le vénérable Lersi Sompit Yanasophi de la province Pathum Thani.

Entrée dans la vie monastique

À dix ans, il prend la robe de novice, et à vingt ans, il reçoit l’ordination complète au Wat Yot Thong, amphoe Kampong Trat, province de Kampot, au Cambodge, auprès de son Upachaya, le précepteur principal. C’est auprès de ce maître spirituel qu’il approfondit sans relâche la pratique méditative ainsi que les sciences ésotériques transmises dans cette lignée.

Animé d'une soif d'apprentissage rare, il se place successivement sous la direction de douze maîtres cambodgiens. Parmi eux, il accorde une place toute particulière au Phra Ajarn Lun. Il étudie également les arts ésotériques de la tradition d'Angkor Vat, puisant dans ses textes anciens jusqu'à en maîtriser complètement les formules et les rites.

Durant ses années de moine en sol cambodgien, il pratique assidûment la thudong, la marche ascétique à travers forêts et contrées reculées, approfondissant à chaque étape sa discipline intérieure.

L'exil : fuite de la guerre

À sa sixième année de vassa, la guerre civile embrase le Cambodge. Les massacres n’épargnent pas les monastères, et la Sangha se disloque sous la violence. Face au chaos, Luang Phor Mian dépose sa robe et prend la route de l’exil. En 1976, il traverse la frontière et se réfugie dans l’amphoe Ta Phraya, province de Sa Kaeo, en Thaïlande, où il trouve enfin un lieu sûr après des mois d’errance et de survie.

Réordination et itinérance en Thaïlande

En 1979, il reçoit une nouvelle ordination au Phattha Sima du Wat Nong Tim, avec Luang Phor Phan comme upachaya. Cette renaissance monastique marque le début d’une nouvelle période d’apprentissage intense. Il séjourne ensuite dans plusieurs provinces, suivant une vie d’itinérance studieuse, avant de s’établir durant cinq vassa consécutifs dans la province de Si Sa Ket.

C’est au cours de ce long séjour qu’il se place sous la tutelle du maître légendaire Luang Phu Suang, dit Thewada Len Din, « le dieu qui joue avec la terre », du Wat Phai Phatthana, amphoe Phu Sing, province de Si Sa Ket. Auprès de lui, il perfectionne sa maîtrise des sciences ésotériques, jusqu’à leur complète assimilation, intégrant les enseignements subtils et les pratiques secrètes de cette lignée hors du commun.

Le vénérable Lersi Sompit Yanasophi
Le vénérable Lersi Sompit Yanasophi

Liens fraternels et lignée

Le vénérable Luang Phor Mian entretient des liens profonds avec deux figures majeures de sa génération. Il est le frère de Dhamma et compagnon d'ordination de Luang Phor Jiam Atisayo du Wat Ban Kramom, tous deux originaires du même village cambodgien, tous deux disciples de Luang Phor Suang. Il se situe également dans la lignée cadette de Luang Phor Thamrangsri, maître renommé du Wat Phra Phutthabat Phanom Din, amphoe Tha Tum, province de Surin.

Sa réputation dépasse largement les frontières de l'Isan. Le roi Norodom Sihanouk du Cambodge l'a personnellement invité à officier lors de cérémonies royales, témoignage exceptionnel de la considération dans laquelle les hautes sphères khmères le tiennent.

Le vénérable Luang Phor Jiam Atisayo du Wat Ban Kramom

Le vénérable Luang Phor Jiam Atisayo du Wat Ban Kramom

Fondation du Wat Chaniang Wanaram

Après son itinérance dans les provinces de Surin et de Buriram, Luang Phor Mian s'installe dans le cimetière du village de Ban Chaniang, lieu écarté que les villageois évitent, mais où sa présence paisible et ses pratiques charitables suscitent rapidement confiance et vénération. La dévotion croissante des habitants permet l'édification progressive du Wat Chaniang Wanaram, temple bâti au cœur même de l'ancien cimetière villageois, devenu depuis lieu de pèlerinage incontournable de l'Isan sud. En 1993, il en est officiellement nommé moine référent, poste qu'il occupe sans interruption.

Le très vénérable Luang Phor Mian Kalayano du Wat Chaniang Wanaram (province de Buri Ram).

Les Wicha et les spécialités sacrées

Le très vénérable Luang Phor Mian est reconnu comme l'un des grands spécialistes vivants de la Wicha Hoon Payon et Phra Ngang selon la tradition ésotérique khmère issue des gardiens des sanctuaires d'Angkor. Ses Hoon Payon sont d'abord façonnés en cordelettes, fibres de bananier, lianes Thao Wan et de tissu monastique selon les anciens procédés, puis coulés en métal avec gravure directe de yantras et d'akkhara sacrés. Quant aux Phra Ngang, ils sont en premier temps fabriqués de poudres sacrées, puis en métaux alchimiques sacrés.

Ses amulettes jouissent d'une réputation d'efficacité hors du commun. Sa maîtrise du Maha Sané et du Metta Maha Niyon, la science du charme, de l'attraction et de la réussite dans les échanges humains et commerciaux, est unanimement reconnue. C'est pour cette spécialité que ses objets sacrés sont particulièrement recherchés à l'étranger, notamment en Asie du Sud-Est.

Le vénérable Lersi Sompit Yanasophi

Le maître aujourd'hui

Surnommé Thephachao haeng Ban Chaniang, « le dieu tutélaire de Ban Chaniang », Luang Phor Mian Kalayano demeure l'une des figures de référence de l'Isan sud. Il mène une vie monastique simple et régulière : tournée d'aumône quotidienne, enseignement du Dhamma, soutien aux cérémonies communautaires et aux rites funéraires des défunts sans famille. Les fidèles et les collectionneurs continuent de venir nombreux le visiter au Wat Chaniang Wanaram, certains faisant bénir jusqu'à leurs ustensiles de commerce, témoignage vivant de la confiance populaire que ce maître discret a su inspirer au fil des décennies.